Cas d’une appréhension plus psychologique que réelle
Souvent, elle engendre un modus vivendi plus ou moins acceptable aux termes duquel le cheval répond aux demandes de son cavalier avec plus ou moins de bonne volonté, selon ses humeurs, mais où il n’hésite pas à le bousculer, ou à entrer dans sa bulle sans considération, avec un manque d’égards patent.
À pied, cette appréhension entraîne chez l’humain une attitude attentiste ou une gentillesse gratuite dans le but de ne pas déclencher l’opposition du cheval ou dans l’espoir de s’attirer ses bonnes grâces. Elles provoquent chez le cheval l’effet inverse : vous considérer comme un dominé qu’il ne respecte pas.
Le cavalier attribue ce comportement au caractère du cheval et ne pense pas une seconde qu’une éducation, même sommaire, pourrait changer les choses et lui redonner son statut normal de « meneur de jeu ».
En selle, cette appréhension nous fait perdre notre souplesse, elle bloque le rein et nous amène à enfermer le cheval dans nos aides, ce qu’il déteste et peut entraîner des réactions assez vives.
Dans tous les cas, elle crée un climat de méfiance générateur de conflits qui détériore la relation.
Les solutions en légèreté ?
À pied, elles consistent à retrouver le rang hiérarchique de meneur de jeu qui implique une certaine connaissance du cheval - par l’observation, les échanges avec les sachants, et la pratique personnelle -, de la bienveillance et de la congruence (attitude centrée de cohérence entre ce qu’on pense, dit et fait). En bref, être vrai et se mettre sur la même longueur d’onde que son cheval.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce rang hiérarchique – basé sur l’ascendant et le charisme – s’obtient assez facilement avec des exercices de base (par exemple faire bouger le cheval dans le reculer, la marche en avant, la mobilisation des épaules et des hanches, ou le jeu du « Je passe, écarte-toi »).
En selle. En premier lieu, acquérir la décontraction de base par des exercices ad hoc (j’en propose une liste en pièce jointe), du terrain varié (… entre amis ?) ou tout autre procédé (je vous recommande la voltige !). En second lieu développer les savoir-faire qui permettent d’affiner le dialogue, de développer le tact équestre et le sens de la mesure. Un sachant (enseignant compétent) est souvent utile pour parvenir à ces fins.
Mais retenez que c’est à pied que tout se joue.
Quant à l’expérience de club malheureuse qui vous a dégoutté de l’équitation, une seule solution, réformer l’enseignement dispensé par nos écoles françaises d’équitation. Elle est en bonne voie car, suite au travail de refondation que j’ai présenté à la FFE joint à la pétition qui a regroupée plus de 1.360 signatures, celle-ci m’a fait part de son intention de réunir une commission chargée de la rénovation des Galops début 2027 et m’a demandé d’y participer, signe que mes propositions seront prises en comptes. Vous pouvez vous rendre compte du contenu proposé pour cette réforme sur change.org (lien : https://c.org/TZynCjJh5f).
Peur acquise à la suite d’un accident
Si votre appréhension est la conséquence d’une ou de plusieurs mauvaises chutes, vaincre sa peur sera plus difficile car elle n’est plus le fruit de l’imagination ou d’une expérience décevante, elle a une cause bien réelle.
Comme tout traumatisme, des obstacles psychologiques se dressent sur le chemin de la résilience (sidération → déni → sentiment d’injustice → colère → honte/culpabilité → tristesse → acceptation → reconstruction). Ce n’est pas du jour au lendemain que ce trauma peut disparaître. Un psychologue ou un guide équestre qui vous montre que cette peur n’a plus lieu d’être est souvent nécessaire. Ils ne remplacent pas une forte détermination personnelle, voire une autocritique.
Un cas parmi d’autres
Voici le cas (récent) d’une de mes cavalières qui a pris le taureau par les cornes et décidé qu’elle retrouverait la confiance perdue en son cheval et en elle-même, suite à un accident très handicapant. Il s’agissait de redonner confiance en elle mais aussi en son cheval (Fiston).
J’ai commencé par Fiston pour m’apercevoir qu’avec patience et bienveillance, ses propres peurs pouvaient s’apaiser (la chute avait eu lieu sur une route à cause d’une voiture) et qu’elles n’étaient pas dirigées contre son cavalier, mais contre lui-même (il n’avait plus confiance en lui lorsqu’il avait quelqu’un sur le dos). Une attitude centrée, congruente, décontractée l’a peu à peu remis en ordre.
Ce n’était pas suffisant, car sa cavalière restait tendue et contractée quand elle montait, ce qui avait comme effet de tendre et de contracter Fiston, cheval assez réactif qui pouvait devenir dangereux. Au cours d’une promenade commune, je lui montrais qu’il s’apaisait très vite lorsqu’on pratiquait un contact passif (en descente des aides), suivi de rênes en guirlande, et l’amenais à expérimenter cette manière de faire.
Elle m’a écrit : « Je viens de constater que mon cheval est le miroir de ce que je suis, surtout quand je suis en selle. Je n’avais pas bien compris cette notion d’éponge qui pour moi est plutôt difficile à appréhender directement en dehors de ce que ressent le cheval quand tu as peur. Mais force est de constater que je viens d’expérimenter cela :
L’exercice que nous venons de faire m’a obligée à me concentrer entièrement sur le mouvement qui demande de la précision dans le tracé, donc dans le regard et dans les aides. Il s’agit du Point de broderie de mon livre de dressage. Tu fais 2 très petites demi-voltes et un grand cercle, et ce plusieurs fois d’affilée. J’étais donc complètement concentrée sans penser du tout à Fiston, ce qui a donné d’un coup un cheval très posé avec un pas régulier et une trajectoire bien meilleure que tout ce qu’il avait fait depuis le début… Je crois que j’étais aussi mieux assise dans ma selle et tout ça, je m’en suis rendu compte au bout de deux ou trois boucles.
C’est un exercice très répétitif et je ne l’avais jamais fait de manière aussi concentrée de mon côté car je suis toujours en train de penser à autre chose. J’ai heureusement un métier où je dois faire 3 choses à la fois et toujours extrapolé ce qui va se passer mais dans l’équitation, je viens de me rendre compte à quel point c’est perturbant pour le cheval. Bref, on avance tous ensemble et c’est super, merci pour ce pas de géant que tu nous as permis d’accomplir ensemble. »
Vertus de la victoire sur la peur
Mais quelque soit la cause de notre peur, la vaincre nous fait grandir. L’image de soi se renforce, on a acquis des compétences nouvelles, on a appris à mieux gérer ses émotions, on reprend confiance en soi, on respire plus librement, on a l’impression d’être plus centré, plus profond, plus en adéquation avec soi-même. Bref, on est mieux armé pour affronter la Vie.
Cela vaut la peine de s’engager dans cette voie. Certains aventuriers ont même adopté cette règle : « Toujours aller du côté de ses peurs ». Voilà qui permet d’aller loin !
