Maltraitance équestre - Solution

Certaines images sont insoutenables. Comment peut-on être aussi cruel ? Et surtout comment y remédier ?

Maltraitance animale - Rollkur

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D’abord en prenant conscience que toute équitation de compétition, qu'elle débouche sur les courses, le saut d'obstacles, le dressage ou le horse ball, met en jeu le culte du trophée, l'anxiété de ne pas être à la hauteur, l'excitation du combat, le désir de vaincre. Comme à la guerre. L'équitation de sport telle qu'elle est pratiquée actuellement n'est pas une équitation de loisir, surtout lorsque la vitesse devient le critère ultime de la victoire, à l'instar du saut d'obstacles où le cavalier pour gagner, doit se transformer en pilote de formule 1. Et comme le résultat ne dépend pas seulement du cavalier mais des performances d'un animal qui se retrouve confronté à des difficultés qui lui sont imposées - souvent contraires à sa nature et qu'il n'exécute que contraint et forcé -, ce cavalier est animé d'un état d'esprit de conflit qui le pousse, 1 - à damer le pion à ses concurrents, 2 - à soumettre son cheval pour en faire l'objet de sa victoire.

Nos écoles françaises d'équitation éduquent le cavalier dans cette voie. L'objectif premier de leur enseignement, à travers tout un système d'examens et de compétitions, est toujours beaucoup trop axé sur la performance. Dans cette équitation, le cheval est l'objet d'un cavalier qui intervient d'un bout à l'autre du mouvement par l'appui permanent de ses aides, en particulier des jambes censées provoquer l'impulsion et des mains qui la canalisent.

Tout changerait si les deux protagonistes du couple étaient éduqués sur les voies de la relation et du dialogue, dans une culture de non-conflit. Celle de sujet à sujet, impliquant le respect mutuel, la confiance réciproque, la remise en question et le couplage des esprit. Cette équitation existe, celle de la légèreté élaborée par nos maîtres français, éclairée par les nouveaux maîtres américains, étayée par les éthologistes et une évolution "animiste" des esprits, prêtant à tous les êtres vivants conscience et intelligence, émotions et sentiments.

Dans cette équitation, le cavalier fait sa demande en fonction de la nature du cheval, de sa sensibilité, de son tempérament, de son degré d'éducation. Pour ce faire il pose un cadre avec ses aides qui oriente sa monture vers l'équilibre du mouvement demandé et en conséquence, vers la réponse souhaitée. Dès celle-ci obtenue, les aides du cavalier descendent afin que sa monture d'une part prenne l'initiative du geste, d'autre part se soutienne de lui-même. Dans cette équitation le cavalier intervient lors de la demande mais laisse le cheval accomplir le mouvement, dans une liberté "sous surveillance". C'est le cheval qui œuvre, de bon gré, dans une équitation d'adhésion.

L'éducation à cette équitation commence dès le débourrage pour le cheval qui apprend, avec bienveillance, à se familiariser à son environnement humain et à céder au lieu de résister. Et, pour le cavalier débutant - encore malléable bien qu'il ait tendance en compétition à gérer son cheval comme son skate ou son vélo plutôt que comme un être vivant -, à respecter sa personnalité en apprenant, par le jeu et le travail à pied notamment, à mesurer ses gestes et à les adapter dans un état d'esprit de remise en cause permanente. Bref à leur donner du sens.

Tout l'art sera pour l'enseignant d'utiliser une pédagogie cohérente. À savoir qu'elle utilise les mêmes procédés à pied qu'à cheval et qu'elle relie équitation de légèreté classique et équitation éthologique. Cela nécessite une culture et une expérience suffisante pour faire la synthèse et la mise en ordre de l'ensemble de ces apports. C'est ce que nous avons essayé de faire dans notre ouvrage : "L'équitation de légèreté par l'éthologie"[1] .

Les artistes de cette nouvelle vague équestre nous montrent au cours de spectacles enthousiasmants que les chevaux donnent alors le meilleur d'eux-mêmes et qu'ils sont capables de performance bien supérieures à ceux qu'on essaie de soumettre et de mécaniser. Dans le domaine du sport, Jean d'Orgeix, Michel Robert ou Pierre Durand avec Jappeloup ont démontré de quoi le couple était alors capable.

Combien de maltraitances et de non-respect de la nature du cheval nous faudra-t-il pour prendre conscience que l'enseignement actuel, héritier des pratiques militaires[2], doit être remis en question et réformé au profit d'une véritable équitation de légèreté, enseignée dès le premier galop dans nos écoles françaises d'équitation.

Vœux pieux qui ne s'accomplira -  peut-être - que lorsqu'une majorité de cavaliers français adhèreront à cette équitation de la relation et du dialogue que nous et d'autres préconisons pour le bonheur des chevaux.

Notes

[1] Étant entendu que mon expérience équestre s'est formée en premier lieu au cours d'une vie de cavalier au long cours étroitement partagée avec le cheval, ensuite par une formation classique de cavalier lambda intéressé par le saut d'obstacles et la compétition, suivi du monitorat puis de l'écriture de ce livre, enfin de la rédaction d'une étude sur les fondamentaux de l'éducation ("L'éducation bienveillante du cheval et de l'être humain : l'effet miroir" publié aux éditions du Panthéon).

[2] via les prises de position prises au XIXe siècle par le comte d'Aure - qui développa ses principes concernant l'équitation d'extérieur à Saumur lorsqu'il en devint écuyer en chef - et Alexis L'Hotte qui, bien qu'élève de Baucher et cavalier qui « jouait avec les rênes comme avec de légers rubans qu’on craindrait de casser », impose à Saumur dont il était écuyer en chef, puis dans l'armée en tant que Général de division (cavalerie) les principes d'équitation d'appui de d'Aure - dont il a été également l'élève.

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